YCAP AM – Le hérisson et le renard

Perspectives


Par Jean-Jacques Ohana, Responsable de la gestion d’actifs YCAP AM

Paris, le 12 juillet 2019 – Le philosophe Isaiah Berlin, auteur du 20ème siècle, s’est livré à un jeu intellectuel pour classifier les penseurs en deux catégories.

Les renards sont des penseurs qui connaissent une multitude de petites choses tandis que les hérissons sont des penseurs qui connaissent parfaitement une seule et unique grande chose.

Les hérissons voient le monde selon une règle simple, comme par exemple Platon, Lucrèce, Dante… tandis que les renards voient un monde complexe, résultant d’une grande variété d’expériences, qui ne peut pas être réduit à une idée simple (Shakespeare, Molière, Goethe, Balzac…).

Cette parabole fut utilisée en 2012 par le statisticien Nate Silver, pour illustrer le contraste entre la prospective dynamique issue de l’analyse de données et les prophéties plus statiques des prévisionnistes de conviction.

Les marchés financiers sont-ils faits aujourd’hui pour les hérissons ou pour les renards ?

Les hérissons souhaiteraient voir clairement les marchés selon une règle simple : Bull vs. Bear. Or, des arguments aussi convaincants plaident pour les deux camps.

Le camp Bull 

Les banques centrales sont à présent très accommodantes et la liquidité sur les marchés afflue de nouveau. En témoigne, l’indicateur d’Aversion au Risque calculé par Riskelia, qui caractérise des primes de risque faibles sur l’ensemble des marchés, à l’exception notable des marchés de matières premières et de taux d’intérêt.

Risk Aversion Spider (primes de risque normalisées)
(source Riskelia – YCAP Asset Management)

Les anticipations d’assouplissement des banques centrales ont propulsé les marchés obligataires à des niveaux records. Le montant des dettes à taux négatifs atteint à présent 13 000 Milliards de dollars et représente 24% du gisement de dette mondiale notée Investment Grade. La chute des taux a soutenu par effet d’entrainement tous les compartiments d’actifs risqués défensifs, notamment la dette haut rendement, la dette souveraine risquée en zone euro (Grèce, Portugal, Italie, Espagne), les secteurs défensifs sur les actions et le facteur Qualité sur les actions mondiales.

Enfin, l’argument le plus haussier est la volonté de soutien des marchés d’actifs risqués sans précédent historique, de la part des Banques Centrales comme des politiques à travers le monde. Japon, Etats-Unis, Europe semblent prêts à tout pour soutenir la sphère financière, afin que l’effet richesse ruisselle dans l’économie réelle ou de façon plus défensive, afin d’éviter qu’une spirale déflationniste ne se propage de la finance à l’économie réelle.

Les derniers tweets de Trump sont tout à fait explicites sur son objectif de montée des cours boursiers aux Etats-Unis, sur leur effet supposé sur l’économie réelle et sur l’instrumentalisation nécessaire de la Réserve Fédérale (quitte à renier son indépendance) pour satisfaire ses visées financières.

(source Twitter)

Evolution des indices obligataires Bloomberg Barclays Aggregate US et EUR
(source Bloomberg)

Proportion de dette à taux négatifs parmi le gisement mondial de dettes notées Investment Grade
(source Bloomberg)

Le camp Bear

Cependant, les arguments baissiers ne manquent pas. Ainsi, comment expliquer le faible taux de participation à la hausse des marchés boursiers ? Si les perspectives de croissance sont si florissantes, comment alors expliquer la chute continue des métaux de base, ces derniers étant revenus à leur plus bas niveau depuis le début de l’année ? Comment expliquer aussi que la courbe de taux américaine ne cesse de s’inverser, malgré l’activisme de la Réserve Fédérale, envoyant ainsi un signal de probabilité de récession à 33%, un niveau qui a toujours précédé une récession aux Etats-Unis dans l’histoire économique.

Les hérissons financiers ne pourront définitivement pas trancher entre les deux grandes idées concurrentes qui façonnent les marchés :

  1. La liquidité de marché gouverne tout et l’activisme sans limite des banques centrales devrait permettre aux bourses de remonter, accompagnées cette fois-ci de nouveaux actifs de réserve de valeur, tels que l’or.
  2. Le cycle économique est l’ultime juge de paix de l’évolution des marchés, les caprices boursiers du Président Trump et des Banques Centrales ne pourront conjurer l’essoufflement inéluctable du cycle économique mondial et ses conséquences sur la surcapacité industrielle sur le plan mondial.

Il faudra collecter des informations de toute part, filtrer leur portée économique et financière, et naviguer à vue avec la souplesse et l’agilité du renard pour tenter de déterminer en définitive quel chemin prévaudra parmi les deux alternatives extrêmes soutenues avec force par les hérissons.

Hiérarchie de performance entre le S&P 500, le S&P 500 EqualWeight et l’indice de petites capitalisations US Russel 2000
(source Bloomberg)

Evolution du cours de l’indice Bloomberg BCOM IndustrialMetals
(source Bloomberg)

Probabilité de récession calculée par la Fed de NY en s’appuyant sur la courbe de taux américaines
(source Fed of NY,  Bloomberg)

 

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